L’économie bleue représente une part essentielle de la richesse et de l’emploi en Bretagne. Avec jusqu’à 108 800 personnes concernées, soit 8 % de l’emploi régional, ce secteur dépasse largement la moyenne nationale et illustre combien la mer structure le tissu économique local. Soutenue par quatre piliers historiques — défense, produits de la mer, construction navale et nautisme — cette dynamique s’appuie notamment sur les pôles majeurs de Brest et Lorient, qui concentrent la majorité des emplois et des créations récentes. Par ailleurs, la croissance de la construction navale et le leadership régional en énergies marines renouvelables témoignent d’une économie bleue innovante et tournée vers l’avenir durable.
L’économie bleue bretonne emploie jusqu’à 108 800 personnes, soit 8 % de l’emploi régional
En Bretagne, l’économie bleue englobe environ 74 500 à 108 800 emplois selon la manière dont on définit son périmètre, ce qui correspond à 6 à 8 % de l’emploi régional total. Ce chiffre est largement supérieur à la moyenne nationale, qui s’établit autour de 2,5 % seulement. Ce différentiel révèle l’importance capitale du secteur maritime dans l’organisation économique bretonne.
L’intégration récente du tourisme maritime côtier dans les statistiques de l’Observatoire 2025 révèle que ce secteur représente 38 300 emplois à lui seul, poussant ainsi la part globale de la « mer » à 8 % de l’emploi régional. Ce contexte met en lumière comment la Bretagne se distingue nettement de ses voisines comme la Normandie ou les Pays de la Loire, où la mer a une influence économique moindre.
Les quatre piliers historiques concentrent 82,5 % des emplois maritimes en Bretagne
L’économie bleue bretonne repose solidement sur quatre secteurs majeurs qui structurent l’essentiel de l’emploi dans le maritime :
Défense maritime : un poids considérable à Brest-Lorient
La Marine nationale constitue un acteur clé avec 20 250 emplois localisés principalement sur la base Brest-Lorient. Cette concentration illustre l’importance stratégique de la défense dans le tissu économique breton.
Produits de la mer, construction navale et nautisme : trois piliers complémentaires
Les produits de la mer alimentaires, incluant pêche, aquaculture et transformation, génèrent 16 081 emplois. La construction et la réparation navales représentent 14 253 salariés et bénéficient d’une croissance dynamique portée par de grands groupes. Le nautisme et le tourisme littoral, quant à eux, alimentent 28 600 postes, soit 38 % des emplois maritimes, mêlant pratiques récréatives et secteurs connexes comme la restauration ou l’hôtellerie.
Brest et Lorient concentrent 62 % des emplois maritimes et 80 % des créations récentes
On constate une concentration territoriale forte dans l’emploi maritime breton : cinq territoires seulement (Brest, Lorient, Cornouaille, Saint-Malo et Morlaix) réunissent 86,2 % des postes. Brest s’impose avec 42 % de l’emploi maritime, suivi par Lorient avec 20 %.
Par ailleurs, 80 % des créations d’emplois maritimes entre 2019 et 2024 ont eu lieu dans ces deux villes, soulignant leur rôle moteur pour la croissance bleue régionale. En revanche, certains territoires, notamment Cornouaille, font face à un recul structurel marqué dans la pêche et la transformation, avec une perte de 1 394 emplois ces dernières années.
La construction et réparation navales croissent de 18 % grâce à Naval Group et Thales
Entre 2019 et 2024, l’emploi dans la construction et la réparation navales a pris un essor significatif, avec une progression de +18 % soit 2 210 postes supplémentaires, totalisant 14 253 salariés en Bretagne. Cette croissance est principalement portée par les poids lourds du secteur comme Naval Group, employant 6 120 personnes, et Thales avec 1 800 salariés.
Le contexte géopolitique actuel, marqué par une demande accrue pour la souveraineté européenne et la défense nationale, stimule ces commandes. Cette poussée profite aussi à la recherche et à l’innovation maritime, notamment pour l’intégration de nouvelles technologies embarquées et la montée en puissance des énergies marines renouvelables.
Des shipyard workers breton shipbuilding participent à la construction d’un navire moderne dans un chantier naval en Bretagne.
La Bretagne est un leader national en énergies marines renouvelables (EMR)
La région Bretagne bénéficie d’atouts naturels exceptionnels tels que des vents puissants, des courants forts et une houle importante, qui offrent un cadre propice au développement des énergies marines renouvelables (EMR). Ces filières incluent principalement l’éolien offshore et l’hydrolien.
Projets phares et investissements
Le parc éolien offshore de Saint-Brieuc, l’un des projets structurants, ainsi que plusieurs programmes hydroliens illustrent cet engagement régional. Chaque projet représente un investissement colossale pouvant atteindre deux milliards d’euros, signalant une volonté forte de faire de la Bretagne un acteur industriel leader de la transition énergétique maritime.
Recherche et innovation au service de la filière
Le Pôle Mer Bretagne Atlantique et le Campus Mondial de la Mer constituent des plateformes d’excellence pour la R&D maritime. Ces structures favorisent les collaborations entre PME, chercheurs, et industriels, stimulant l’émergence de solutions innovantes adaptées aux défis techniques et environnementaux.
Cette dynamique s’inscrit pleinement dans une stratégie d’économie bleue durable, où la Bretagne allie innovation, compétitivité et conservation de ses ressources marines.
L’économie circulaire valorise les co-produits marins et impulse une innovation durable
L’approche circulaire dans l’économie bleue bretonne vise à maximiser l’utilisation des ressources marines en transformant les biomasses et co-produits en nouvelles matières premières, réduisant ainsi le gaspillage.
Le cas de la start-up Fil&Fab illustre parfaitement cette démarche. Elle recycle les filets de pêche usagés, matériau abondant sur le territoire puisque la Bretagne produit la moitié des filets usagés en France, pour créer un plastique 100 % recyclé nommé Nylo. Ce matériau sert notamment pour les montures de lunettes et des éléments techniques utilisés dans la construction.
Les étapes précises pour cette valorisation sont :
- Collecte des filets de pêche usagés
- Tri et nettoyage rigoureux des matériaux
- Transformation en granulés plastiques
- Fabrication de nouveaux produits techniques
- Commercialisation et distribution sur divers marchés
Cette filière innovante se construit grâce à la coopération entre entreprises, laboratoires de recherche, et autorités publiques, illustrant un modèle d’économie bleue locale tournée vers la durabilité.
La décarbonation du transport maritime via la propulsion par le vent en Bretagne
Le transport maritime est responsable d’environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ce qui en fait un levier clé de la transition écologique. En Bretagne, la propulsion par le vent (PPV) suscite un fort intérêt pour réduire ces émissions tout en créant des emplois verts.
La stratégie régionale, officialisée en décembre 2023, identifie la propulsion vélique comme une technologie-clé pour décarboner le transport maritime local, avec un potentiel de réduction allant jusqu’à 80 % des émissions de CO2 sur certaines liaisons.
Voici quelques conseils pour favoriser cette transition :
- Encourager la recherche et développement sur des voiles innovantes et efficaces
- Assister les armateurs dans la modernisation de leurs flottes
- Favoriser les synergies entre industrie et centres de formation spécialisés
- Mobiliser des financements publics et privés pour financer des projets pilotes
- Valoriser les modèles économiques basés sur la propulsion vélique
Au-delà de l’aspect environnemental, ces efforts participent à la création locale d’une filière industrielle compétitive, renforçant la position de la Bretagne dans l’économie bleue et la décarbonation des transports.